Assises sur le bitume depuis le début de l'après-midi, les bourrasques qu'on a tant maudit ses derniers jours nous sont d'un grand secours pour ne pas fondre sous le soleil en ce 2 juin dominical.

15H. Excitées, impatientes, nous sommes une dizaine de filles à avoir attendu des mois durant ce concert : Rihanna, l'artiste internationale montera sur la scène de l'Arena de Montpellier dans quelques heures maintenant nous promettant un show visuel, sonore et émotionnel exceptionnel. Un spectacle que seul une artiste internationale de son envergure a les moyens d'offrir mais aussi de justifier le prix exorbitant de la place: à partir de 63 euros...

La plupart d'entre nous ne sommes pas des fans inconditionnelles mais impossible de rester insensibles à ses chansons tantôt dansantes, tantôt mélancoliques, Rihanna est une machine à tubes, une véritable machine de guerre dans l'industrie musicale. Peu d'interview, très peu de choses filtrent sur sa vie privée à part les messages énigmatiques et les extrait bibliques qu'elle poste sur son réseau social, son principal moyen de communication. Une image de femme libre et provocante qu'elle entretient. Parmi ses dernières frasques, des photos d'elle qu'elle publie elle-même dans une boîte de strip-tease jetant des dollars à profusion et son amour pour la marijuana qu'elle affiche  quotidiennement provoqueront l'indignation de l'opinion publique.

Nous y allons pour l'évènement, pour le partage entre filles parce que celle sur scène a à peu près le même âge que nous, elle symbolise une génération entière. Parmi la foule de spectateurs, beaucoup de jeunes au style "swagg" parfois accompagnés des parents, habillés très courts pour la majorité, beaucoup de filles, moins de garçons, dont le style vestimentaire, souvent  pointu et recherché mais surtout affirmé devient un(e) mode d'expression dans une société où l'image est devenu primordiale.


18H. A l'ouverture des portes, nous nous engouffrons dans la salle de l'Arena que j'imaginais bien plus grande...Deux écrans, assez petits, sont installés de chaque côté de la scène. Niveau décor, je ne distingue rien qui laisserait penser que nous sommes sur le "DIAMONDS WORLD TOUR" de Rihanna.


20H. La première partie débute, il s'agit de GTA: un groupe de DJ mélangeant house et électro dont nous ne sommes pas le  meilleur public pour  ce genre de musique mais ça décape, ça tape fort et ça nous fait du bien, ça nous permet de nous dégourdir les jambes après l'attente entre contorsion et compression: caractéristique des grands concerts. On s'échauffe, on le sait, le plus dur est passé, on y est presque !!

21h30.Une heure passe, nous attendons toujours que le concert commence.

La première partie s'est retirée depuis un bon moment, tout le monde est assis par-terre et les questions vont bon train: serait-ce annulé ? Les enfants commencent à s'agiter, on ne cesse de faire des aller-retour dehors pour avoir des informations, en vain. Deux heures plus tard, toujours pas de Rihanna sur scène, toujours aucune info. La fatigue se fait ressentir, l'incompréhension aussi. Nous sommes dimanche soir, beaucoup d'enfants, de lycéens ont cours le lendemain, impossible de ne pas constater un manque flagrant de considération de l'artiste pour son public. Un vigil nous informe que la chanteuse est bien dans sa loge depuis plus d'une heure mais n'a pas donné davantage d'information. Nous apprenons que la veille à Barcelone, c'est 3 heures que le public a dû patienter avant de la voir arriver.Une attitude qui contraste avec le professionnalisme de Beyoncé  jamais en retard lors de ses passages à Montpellier, le dernier ayant eu lieu 15 jours auparavant, pour un show salué par la critique et soigné au millimètre près.Contrastant avec celui de Rihanna qui "entre en scène seulement quand elle le décide , au dernier moment" comme nous l'explique le personnel de l'Arena qui a déjà fait face à ce comportement similaire lors d'un premier passage à Montpellier.

22h30, tout à coup la salle se plonge dans le noir, tout le monde se relève et commence à huer la star pour signifier son mécontentement.

Sur scène, un décor en cube recouvert par un rideau noir se dresse devant nous. La musique commence, le rideau tombe et elle apparaît. Vêtue d'une longue et opaque cape noire, devant un écran noir, son arrivée est assez banale pour la toute première entrée sur scène. Mais malgré tout c'est Rihanna, le public entre en transe. Nous la distinguons très bien de la fosse où nous sommes et les écrans nous retranscrivent parfaitement chaque expression de son visage. Celle que nous voyons régulièrement immortalisée sur papier glacé, icône à la beauté irréelle, est tout à coup à quelques mètres de nous en chair et en os.

La première chose qui saute aux yeux  est que la jeune fille de 25 ans est extrêmement belle, une beauté divine si ce n'est même davantage qu'en photo. Son visage paraît sculpté avec ses yeux en amande verts émeraudes et sa bouche pulpeuse qui forme un V parfait sur sa lèvre supérieure sans parler de ses courbes parfaites et d'un grain de peau mat et velouté qui ne présente pas l'ombre d'une imperfection. La diva enchaîne ensuite 5 ou 6 chansons de son dernier album qui ne sont, à mon humble avis, simplement pas faîtes pour être interprété en concert. Personne ne danse, les personnes installées sur les gradins demeurent assises. L'ennui est perceptible. Nous nous regardons, pantois...La fatigue se fait cruellement ressentir après deux heures d'attente et la journée derrière.

La belle connaît ses charmes et sait en jouer. Un peu trop à mon goût. Ses postures trop langoureuses, ses yeux trop souvent fermés et ses expressions crispées manquent de spontanéité, de modestie, de simplicité. Ce n'est pas la jeune fille dans laquelle nous nous reconnaissons, elle ne parvient pas à abolir la distance et la fascination qu'elle inspire. Je m'attendais davantage à voir transparaître le côté humain de l'artiste en faisant sa rencontre. Même si elle nous gratifie de larges sourires, aucune parole d'excuses ne sortiront de sa bouche avant qu'elle commence à entonner les morceaux de son dernier album entrecoupés de récurrents "Monpéééééliéééééééééé".
 

La deuxième chose qui me saute aux yeux , c'est ses postures que je trouve déplaçées avec, à maintes reprises, la main  sur son pubis accompagnés de déhanchements consistant essentiellement à secouer son arrière-train en se cambrant. C'est trash, graveleux et cela manque terriblement de classe comme si rien qu'à la regardant on pouvait oublier la dimension sexuelle du personnage, cette dernière nous le rappelant avec des gestes sans équivoque...

Derrière elle, ses accompagnatrices aux allures égyptiennes dansent devant un écran aux images qui me laissent aussi perplexe:  des mains manucurées de rouge se promènent le long de bloc de marbres (façon la chose dans la famille Adams), des violentes et rapides images de meurtres, des éclaboussures de sangs, une Rihanna insolente en garde à vue, une moto qui rupte et s'enflamme...Je n'y vois pas les effets spéciaux, le glamour, le style, la beauté à laquelle je m'attendais. J'y vois du trash et je cherche le message dans les codes qu'elle renvoie surtout pour son public de plus en plus jeune...
La chanteuse nous a aussi gratifié d'un véritable défilé de tenues dont on devine la patte de grands créateurs: on retiendra la cape noire Givenchy de son entrée, le superbe bustier multicolore et la robe rouge drapée toute droit sorti d'un conte des milles et une nuits et qui lui sied à merveille. J'émets une retenue par contre pour les gros bijoux imposants et dorés qu'elle arbore, même si ils répondent bien au thème égyptien de la tournée, la robe et la combinaison strassée pourtant bien taillé et le style année 90s un peu "bling bling" et ringard à mon goût mais "swaggy" pour d'autres...Je me demande si elle choisit la plupart de ses décors ou tenues ou si un agent artistique s'en charge ?
Le son n'est pas terrible non plus, on dirait même qu'il sature par moments mais une chose est sûre: elle ne fait pas de playback malgré les rumeurs, elle chante sur sa propre voix sur les chansons et celle des choristes qui la soutiennent.


Sa voix est juste et puissante avec son timbre si particulier qui font que l'écouter en live est un réel plaisir.

La deuxième partie du concert, bien une heure après le début, nous réveille enfin! Des panneaux s'articulent autour de l'écran géant central, les premières notes de ces tubes les plus rythmés commencent à se faire entendre, des faisceaux de lumière transforment la salle en discothèque géante, des jets de feux jaillissent de la scène ! La belle nous offre même une vraie chorégraphie inspirée du clip "Where have you been". La salle explose littéralement quand elle descend de la scène pour aller danser et toucher les personnes du premier rang, elle  empoignera même un appareil avec lequel elle se prendra elle-même en photo avant de le rendre à son propriétaire (ou pas) ! Rihanna sait comment faire du sensationnel ...^^

Cela ne sera malgré tout que de courte durée, pas plus de 3 ou 4 chansons avant que la chanteuse enfile une robe argentée pour une interprétation (surjouée) du titre "Diamonds" au cours duquel ses qualités vocales ne sont plus à mettre en doute. Son dernier single "Stay" s'ensuit, laissant la salle au comble de l'émotion. Elle nous adresse enfin un "Good night" et des "I love you" qui réussiront à convaincre les fans les plus naïfs avant de se retirer toujours avec cet immense sourire (hypocrite?).

1H. A la sortie, on s'échange nos impressions: le spectacle que nous attendions n'était pas au rendez-vous. Nous n'avons que très peu dansés, beaucoup attendu. Diva ou pas diva, cela n'est pas exceptionnel avec elle, c'est monnaie courante de se faire désirer avant d'entrer sur scène sur ses tournées mais avec plus de deux heures de retard et sans aucune indication, on frise le "foutage de gueule" (Pardonnez-moi l'expression). C'est une honte et un profond manque de respect pour tous ceux qui attendent, travaillent, prennent les transports en commun pour rentrer...et ces 3 pseudos- déclarations d'amour à la fin du concert n'y changeront rien.

Je n'ai pas assisté à un show à la hauteur de son prix et encore moins à la hauteur de la réputation de l'artiste, ce n'était pas un spectacle à l'esthétisme poussé avec d'impressionnants décors et des chorégraphies travaillées à mon humble avis. Je cherche toujours le rapport entre l'appellation "DIAMONDS WORLD TOUR" de la tournée et le thème égyptien du show (...).Certains affirment qu'il s'agit de son propre univers. Dans ce cas-là, je n'adhère ni au côté "dark", ni au côté "chic&bling" de la star que j'avais hâte de découvrir sur scène.
Cela manquait aussi de remix, de jeux avec le public, de considération avec quelques phrases en français qui nous auraient fait sourire malgré les fautes...Je conçois parfaitement que faire 1h30 de concert dans le cadre d'une tournée soit épuisant mais je n'ai pas eu l'impression d'avoir rencontré une performeuse comme celle décrite dans la presse se donnant à fond pour son public. Je n'ai pas non plus la sensation d'avoir rencontré une grande artiste qui a des choses à dire et qui chérit son public...

Je me pose des questions sur son degré d'implication et son professionnalisme dans sa musique, dans le show, dans son travail....J'ai rencontré une exceptionnelle chanteuse qui sait  bouger en rythme, réaliser une chorégraphie sur un ou deux passages de chansons mais  en oubliant surtout pas de s'aimer beaucoup et de se rendre un "auto-hommage".

Le meilleur du concert s'est finalement résumé à sa performance vocale, son physique et sa musique, dont elle n'est au final que l'interprète. Riri as-tu réellement des choses à dire (et à faire) ou es-tu juste une capricieuse marionnette  et une vitrine marketing ?

Seul l'avenir nous le dira...



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